COURAGE

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« Bon courage ! » C’est souvent sur ces deux mots en apparence anodins qu’on se quitte. À l’évidence, l’une de ces formules « toutes faites ». Mais aussi peut-être une manière de dire que, du courage, il en faut ?

Il en faut pour se lever le matin lorsque les mauvaises nouvelles semblent succéder les unes aux autres. À une époque où, de crise en crise, on se demande quand on va enfin en sortir ; où pessimisme et inquiétude se muent en déprime collective ; où l’on ne sait plus très bien, au beau milieu de ce chaos, à quoi ou à qui se fier, que faire et au nom de quoi…

Face à tout ce « négatif », le premier des courages est de ne pas laisser entamer son enthousiasme et sa bonne humeur. De nourrir son énergie là où se réalisent des actions utiles, où s’engendrent des initiatives fécondes, avec des individus ou au sein de groupes qui ont l’optimisme chevillé au corps et pensent « positif ».

Ainsi s’entretient la confiance en soi, en les autres, en l’avenir. Cette triple confiance est le socle indispensable à une autre forme de courage : celle qui permet de se regarder sereinement dans la glace. Parce qu’on a fait au mieux et avec cœur – la racine sémantique du courage. Face au miroir, on ne se ment pas.

Certains cherchent l’héroïsme qu’on associe spontanément au courage, qui force l’admiration et crée les mythes attachés à des personnages ou à des performances d’exception. Au quotidien, il est cependant bien des circonstances où notre courage est sollicité, souvent sans même que nous en ayons conscience.

Pour regarder la réalité en face : la lucidité n’est pas toujours bienvenue. Pour affronter des situations difficiles et les traiter le plus tôt possible – sans attendre qu’elles ne s’aggravent en espérant secrètement qu’elles s’arrangeront d’elles-mêmes. Pour dire non, par exemple à un supérieur hiérarchique ou à un client. Pour arbitrer entre deux (ou plusieurs) mauvaises solutions plutôt que de repousser l’échéance d’une décision douloureuse. Pour se confronter à d’autres, leur dire la vérité même si on sait qu’elle ne fera pas plaisir, voire qu’elle risque d’engendrer désaccords ou conflits. Pour s’exposer, s’expliquer sur ses décisions ou ses actes, assumer ses responsabilités.

Faire preuve de courage n’est pas toujours la voie la plus simple sur le moment. La tentation peut être grande de faire « comme si » et d’opter pour une solution confortable : se taire, faire ce qu’on vous demande sans poser de question, laisser dégénérer une situation, éviter les sujets « qui fâchent » ou la confrontation avec les gens…

Dans la durée, le manque de courage coûte cependant doublement cher. Il occasionne à coup sûr la perte de confiance de son entourage. Quant à l’estime de soi, elle ne sort pas indemne de situations dans lesquelles on a choisi la facilité par peur des conséquences ou pour contourner l’obstacle présumé.

Même si c’est difficile, mieux vaut donc parfois prendre son courage à deux mains.
Sans se rassurer sur le fait que le courage paie – ce qui n’est pas toujours le cas.
Mais en conscience : pour pouvoir se dire qu’on a fait « ce qu’on devait faire ».

On vous le disait bien : « Bon courage ! » – la formule n’est somme toute pas si anodine…

Christine Morel-Maroger, 28 juin 2013